Vins de Tokaj, Esprit et images de la Hongrie

avec des photos de Patrick Cronenberger, dans la collection Regards sur le monde du vin, aux éditions Féret, 2001

Ce livre est « né » au fond de moi. Nous avons depuis ce jour, selon l’expression de mon mari, pris l’habitude de dire que j’accouchais de mes livres comme de mes enfants. Ce Vins de Tokaj a été écrit après sept années d’aller-retours en Hongrie, mon pays d’adoption. Je l’ai « pondu » d’un seul trait, je l’avais en moi depuis longtemps...  C’est un bijou de livre magnifiquement illustré par Patrick Cronenberger, le photographe dont le prisme est unique, et préfacé par Alexandre de Lur Saluces dont l’élégance et l’amour des grands liquoreux n’ont pas de pareil.

Préface d’Alexandre de Lur Saluces
« Cette région d’Europe a rejoint le monde libre. Cette terre et ces hommes peuvent enfin exprimer leur potentiel. On va pouvoir discuter sans fin des mérites comparés des vins issus de la lente et exigeante transformation par ce magique et capricieux champignon. On cherchera indûment, à mon sens, à mettre dos à dos des vins qui ne sont pas de la même veine et qui constituent un enrichissement dans la palette des vins offerte à la curiosité des hommes. Ils ne se remplacent pas les uns les autres, ils se complètent. (...) Bienvenue au Tokaj, de retour après de longues épreuves, dans la famille des vins façonnés par le botrytis cinerea, cet ami-ennemi de la vigne. »

Les larmes du soyeux
Ces instants passés dans les antres feutrésà l’atmosphère douce et sereine, à écouter le silence mystérieux qui en dit long sur le repos des vins, sont chaque fois magiques : l’impression de pénétrer dans un temple. Une légende dit qu’à Tokaj, si les portes des caves sont basses, obligeant le visiteur à courber la tête en signe de révérence, c’est que le vin mérite le respect de la part de tous, que l’on soit Premier ministre ou simple citoyen.
Il n’est pas rare qu’invité boire un verre dans l’une de ces caves par l’un des ces anciens chefs de la ferme d’Etat, qui connaissent par coeur ces couloirs labyrinthiques, on n’en sorte pas avant minuit, voire au petit matin, imbibé du précieux brevage.
Dans la cave, les barriques en enfilade déclinent cépages, assemblages et années. Dans des recoins cachés, reposent des bouteilles vieilles de plusieurs générations. Certaines n’ont ni étiquette, ni millésime. Mais inutile de poser la moindre question. Le vin parle tout seul : tellement soyeux, fondant, complexe, explosant d’arômes, d’un tel équilibre, d’une telle longueur en bouche, infinie, envahissante, que les larmes vous montent aux yeux. Assise à lourde table en bois, mon regard s’égare. Où suis-je ? Que m’arrivent-ils ? De tels goûts existent-ils ? Est-ce un vin que je viens de boire ? C’est peut-être un assemblage. Qui sait ? Le chef de cave sait. Lui qui, pendant la longue période communiste, a mis de côté quelques fûts des meilleures années. Mais il ne dira rien. Par respect. Pour laisser parler les sens. Pour ne pas dévoiler son secret.

De Budapest à Tokaj, voyage au pays d’un grand liquoreux
Le train arrive en gare de Szerencs, la porte du vignoble. Quatre dames d’un certain âge, coiffés de fichus à fleur, s’installent dans le compartiment. Leurs mains et leurs visages sont creusés par le rudesses de ce pays continental. Papotant jusqu’à Tokaj, elles sont sûrement venues pour les vendanges. Longtemps on crut que le vin de Tokaj allait puiser l’or des profondeurs de la terre en y enfonçant ses racines. Le médecin et alchimiste suisse Paracelse (1493-1541) semble en avoir attesté, suite à une visite dans la région en 1524. Il disait en substance : « Alors que je me promenais dans le nord de la Hongrie, dans la région de Tokay, mon hôte me montra une tige de vigne fendue en deux où s’éffilochaient des fils d’or pareils à ceux que l’on utilise pour filer. » Paroles de savant ou sensation magique provoquées par quelques verres ? Je les imaginais, alors, ces grands-mères, tissant un voile d’or.

Dans les entrailles de l’histoire, les temps changent, le tokaj reste
A l’approche de l’hiver, les odeurs de charbon, intenses, annoncent les grands froids venus des plaines de Russie. Le soleil commence à se coucher tôt, vers 4 heures de l’après-midi. Les vendanges s’estompent peu à peu, lorsque sont vendangés les derniers Aszù... De la vigne, la récolte passe en cave, pour protéger cette valeur de la rudesse du climat. Une deuxième étape commence : l’élaboration du vin.


Vins de Tokaj ...>>

Commentaires

Popular post

Hajni, la reine du café

Le vertige de la page noire

Valparaiso, vingt ans jour pour jour