Un Siècle de millésimes

co-auteur avec Jean-François Bazin, Hélène Piot et Claire Brosse, chez Fleurus-Mame, 2001
Parcourir Un Siècle de millésimes, c'est pénétrer dans un monde de plaisir. Qui n'a pas rêvé de goûter, ne serait-ce que par les mots, la grâce et l'élégance d'un Haut-Brion 1929 ou d'un romanée-conti 1937 ?
De 1900 à 2000, pas un millésime ne manque, des plus prestigieux à ceux qui ont été vite oubliés...
Des conditions météorologiques à l'état des vendanges, des données historiques aux souvenirs de dégustation de personnalités du vin, cet ouvrage de référence vous inviteà découvrir et comprendre les 101 millésimes du siècle passé.
J'ai eu la chance de réaliser ce livre avec des journalistes passionnants : Jean-François Bazin, l'incontournable de la Bourgogne, Hélène Piot et Claire Brosse, deux pointures du monde du vin. Une belle expérience qui m'a permis de faire des reportages à Bordeaux et dans le Languedoc-Roussillon, et de rencontrer des propriétaires de grands châteaux, des amateurs de vieux vins, des courtiers et des cavistes.

Millésime 1900
La magie des chiffres semble traverser les temps. Comme en 2000, le passage du XIXe au Xxe siècle a chatouillé les esprits. On n’hésite pas, alors, à parler de millésime exceptionnel. Le Xxe siècle a donc ouvert le bal avec une « grande année », très abondante de surcroît. Il faut dire que les conditions climatiques étaient idéales. A l’époque déjà, les vins passaient pour riches et fruités. En 1977, Philippe de Rothschild avait invité, en présence de Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux, la reine mère d’Angleterre à un repas organisé en son honneur. On lui servit un Mouton-Rotshchild 1900, son année de naissance. Après avoir trempé les lèvres dans son verre, elle se tourna vers le baron et lui dit : « Mon cher Philippe, ton vin est encore un bébé. Rendez-vous dans cent ans pour le boire à nouveau... »

Millésime 1932
La série continue... Les malchanceux nés dans la trilogie 1930, 1931, 1932 ont beau chercher, ils n’ont jamais trouvé de quoi fêter dignement leur anniversaire. Ces récoltes étaient, de toute façon, peu abondantes et d’un état qualitatif souvent qualifié de « mauvais » ou « médiocre » : un constat dû notamment au mildiou et aux records de pluie qu’a connus l’année 1932.
Dans la Vallée du Rhône, le millésime est décevant. On s’inquiète de plus en plus, tant ces mauvaises années renforcent la crise.

Millésime 1961
Le 1961 est de ces millésimes qui vont au-delà du vin lui-même. Lors d’un dîner qui eut lieu au domaine de Chevalier, au printemps 2001, un 1961 non seulement se montrait d’une jeunesse incroyable, aux allures de porto, fougueux et velouté, mais il déclencha une discussion à table qu’aucun autre vin ne décencha jusque-là. De nombreux autres millésimes furent évoqués, les « légendes ». Pourquoi phénomène ? « Parce que le 1961 remue », répondit l’un des convives.

Millésime 1966
La lagune 1966 laissa un souvenir inoubliable. Robe foncée, brillante, une peu brunie, un nez de vieille rose anglaise, qu’on n’a pas envie de bousculer. On aimerait presque se plonger dedans. En bouche, on retrouve les notes de rose, du plaisir, de la longueur, cette fraîcheur extraordinaire, cette finesse et cette délicatesse qui font qu’un vin se donne à son optimum, tout en offrant rondeur et mâche. Un vin qui laisse une impression de calme, d’apaisement, comme un beau coucher de soleil. On se régale sans fin tant le vin tapisse le palais. Bu sur un délicieux clafoutis aux cerises, la fraîcheur du vin se mariait à la chaleur du dessert. Les cerises explosaient et le vin se fondait.

Millésime 1971
 « Soudain, il est devenu aimable, raconte Franck Mähler-Besse, il s’est réveillé, déployant sa robe puissante, présentant beaucoup de dépôt. » 1970 et 1971 forment donc l’un de ces nombreux couples qui se suivent, se ressemblent tout en se contradisant, comme les 1899-1900, les 1920-1921, les 1928-1929, les 1985-1986... Difficile de parler de l’un sans évoquer l’autre.

Millésime 1997
La floraison fut hétérogène, s’étirant dans le temps, tout comme la véraison... La vertu de ce millésime est dans sa jeunesse, des vins fruités, souples et charmants. On lui colla pourtant bien vite une sale réputation, car il se vendit fort cher. Il arriva en pleine euphorie : les Américains et les Asiatiques, recherchant les 1995 et 1996, firent monter les enchères en créant une demande démesurée. Le millésime fut extraordinaire dans le Sauternais et les vignobles voisins : une aubaine pour les amateurs de grands liquoreux à des prix abordables.

Millésime 2000
2000 est hautement symbolique puisque les trois zéros annoncent le nouveau siècle et le nouveau millénaire. Comme pour mieux appuyer ce tournant, Bordeaux pourra se targuer de réussir l’un des plus beaux millésimes jamais réalisés, qui fait une telle unanimité que le marché va littéralement s’arracher les vins. Les prix atteignent des sommets jamais égalés et comme l’avènement de l’euro est proche, les propriétés annoncent les sorties primeurs dans la monnaie européenne, entretenant la confusion et les excès.


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