Visages de vignerons, Figures du vin

35 portraits de vignerons avec des photos de Patrick Cronenberger aux éditions Fleurus, 2005
Tronches de vie, leçon de choses
« Un regard parmi tant d’autres... Car les vignerons ont leurs humeurs, leurs états d’âme, comme nous tous. Et surtout, ils évoluent. Le contexte autour d’eux, comme un décor de scène, change lui aussi : acte I, l’euphorie, acte II, l’accalmie, acte III, la grande crise. Nous tentons de les comprendre et de les respecter. Nous ne sommes pas des juges, nous ne sommes que des témoins. Quand nous les quittons, nous laissons derrière nous des joies et des peines, pour aller, quelques vignes plus loin, en croiser de nouvelles. D’une région à l’autre, on ne parle pas la même langue. L’argent n’a pas la même valeur. Les cépages changent, les gens aussi... »
« L’élevage sur lies ? J’attends d’être convaincu. Le micro-bullage ? C’est Dallas sur Gironde ! » Anthony Barton, le dernier seigneur de Bordeaux
« Quand je taille, c’est pour qu’un mec ait la chair de poule, qu’il oublie le prix de la bouteille ! » Hervé Bizeul, sculpteur de vin

Claude Courtois, Bacchus en Sologne
« Pas de barrière, pas de sonnette. Accueil assuré par deux toutous en moustaches en fouillis. Une maison de bric et de broc, toute simple, plantée là dans la terre, au milieu d’un désordre naturel – ou plutôt surnaturel – et une odeur fraîche de sous-bois, de fumier et d’herbe mouillée... La campagne, la vraie. Et quelque chose qui vous dit qu’ici, ce ne sera pas comme ailleurs.
Claudine Courtois ouvre la porte de la salle à manger. Malgré l’heure matinale, des effluves de pot-au-feu viennent taquiner nos narines. Claude se présente à son tour : on l’imagine croqué par Goscinny. Une caricature. Avec le son, c’est tendance Audiard. Claude échappe à tout conformisme. On s’attend même à voir flotter au-dessus du chai l’étendard du Che. Non, ici, le seul signe ostentatoire, c’est le type lui-même. Il nous invite à boire un café chaud. Trop tôt pour déguster les vins. L’heure idéale ? La fin de matinée. Surtout pas l’après-midi : il déteste ça. »

Olivier Decelle, profession : prince charmant
« Les banques, véritables bénisseurs de projets viticoles, lui ont fait confiance à lui, Olivier Decelle. Grâce à Picard, grâce au Mas Amiel où il commence à faire ses preuves, un autre cru oublié a des chances de renaître. Qu’importe si ces exploitations ne lui appartiendront jamais vraiment, vu l’ampleur de l’investissement. « Au moins, dit-il modestement, j’aurai peut-être servi à quelque chose. »

Alexandre de Lur Saluces, le comte en sa demeure
« J’avais pris soin de lui trouver un successeur suffisamment modeste pour l’écouter attentivement : Antoine Depierre. Un jour, Yves Laporte est venu me voir et m’a confié : « Voilà, je lui ai tout donné. Et si vous êtes d’accord, je pars à la palombe. » Cette passation des connaissances est aussi vraie dans le vin que pour les arbres : on respecte la mémoire des anciens qui connaissent chaque spécimen de leur forêt, et vont jusqu’à savoir s’ils ont des éclats d’obus dans leur tronc...

René Renou, le sens du devoir
Derrière l’homme de scène se cache un homme sensible et lyrique, bougrement cultivé. Son goût pour l’opéra lui est venu de son professeur de musique qui, en quatrième, l’itiniait aux subtilités de Don Juan, une heure par semaine. Il arrive même à René de pousser la chansonnette. « Du Mozart, du Verdi, du bel canto. J’adore chanter. Je connais des palanquées de chants bretons ! » Ah oui... Démonstration ? Sur fond léger des crépitements du feu, il fait doucement vibrer sa voix de marbre, puis monte le ton, tranquillement. Frissons. On dirait la voix du Commandeur...
Entre nous
Son rêve le plus cher : « Morir mui cerca del Quadalquivir... Je trouve que c’est une belle expression. »
Son pire cauchemar : « Au lieu de compter les moutons, je construis un mur, avec une truelle et du ciment. Mais parfois, je tombe sur de la caillasse, ou sur une terre impossible à défricher. C’est pas simple de jour, mais alors, la nuit, c’est insoluble ! »

Guy et Sylvaine Sauron, les santons font de la résistance
Quand ils sont venus leur proposer 30 millions de francs pour racheter la propriété, Sylvaine les a regardé droit dans les yeux et leur a dit : « Même à ce prix-là, on ne vend pas ses racines ».

Colette, Catherine et Laurence Faller, doigts de fées
Elle vit ses jours au rythme de ce joyeux lutin, au travers des saisons, chaque année renouvelées. « J’ai l’impression d’avoir une nouvelle classe d’écoliers tous les ans. » Et quel plaisir de lire dans ses yeux une étincelle de bonheur lorsque, dans la pièce aux boiseries vernies, se dévoile bouteille après bouteille, dans une dégustation parfaitement orchestrée par Catherine, le résultat de son travail ! « C’est bon, einh ? », dit-elle naturellement, persuadée que ce qu’elle a fait n’est rien d’autre que de permettre au terroir de s’exprimer.

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